Lorsque j' tais candidat l' cole normale (c' tait au mois d'octobre de l'an de gr ce 1848), je me liai d'amiti avec deux de mes concurrents, les fr res Debay. Ils taient Bretons, n s Auray, et lev s au coll ge de Vannes. Quoiqu'ils fussent du m me ge, quelques minutes pr s, ils ne se ressemblaient en rien, et je n'ai jamais vu deux jumeaux si mal assortis. Matthieu Debay tait un petit homme de vingt-trois ans, passablement laid et rabougri. Il avait les bras trop longs, les paules trop hautes et les jambes trop courtes: vous auriez dit un bossu qui a gar sa bosse. Son fr re L once tait un type de beaut aristocratique: grand, bien pris, la taille fine, le profil grec, l'oeil fier, la moustache superbe. Ses cheveux, presque bleus, frissonnaient sur sa t te comme la crini re d'un lion. Le pauvre Matthieu n' tait pas roux, mais il l'avait chapp belle: sa barbe et ses cheveux offraient un chantillon de toutes les couleurs. Ce qui plaisait en lui, c' tait une paire de petits yeux gris, pleins de finesse, de na vet , de douceur, et de tout ce qu'il y a de meilleur au monde...