Fleuron de la litt rature classique, les R flexions ou Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld arrachent la forme br ve aux usages scolastiques de la citation et du floril ge pour renouer avec l art de l aphorisme. Leur extr me accomplissement, consonance rigoureuse d une forme et d une pens e, a fait l unanimit d s leur parution. Il en va tout autrement de leur contenu. La perfection de l nonc , son ironie constitutive, la r serve de l auteur, qui ne signe pas son oeuvre et ne la commente jamais, en font un myst re aux intentions tonnamment ambigu s, voire myst rieuses. P n tr es d augustinisme, Maximes et R flexions proposent une vision tr s sombre de l homme et du monde. Sont-elles une d nonciation de l univers impur de la Chute et "une pr paration l vangile", comme l affirment les proches du duc, ou, expression d un "jans nisme sans la r demption" (Sainte-Beuve), dressent-elles un simple constat ? Con ues dans la mouvance de Port-Royal, prennent-elles rang aupr s des Pens es de Pascal ou participent-elles la subversion des fondements de la morale chr tienne qui conduit, au XVIIIe si cle, la naissance de l utilitarisme et de la th orie conomique ? La responsabilit du sens est laiss e au lecteur. Poli pendant vingt ans (1657-1678), l ouvrage pr sente des couches de s diments distinctes. clats baroques et trou es humoristiques alternent avec des mouvements d asc se p nitentiels, rendant le d chiffrement du recueil tr s quivoque. En fait, ces marques de l histoire du texte sont le moyen d esquiver le jeu de miroir mont par l auteur. Elles mettent l oeuvre en perspective, restituent le processus d une cr ation, le m rissement d une vocation. Cette nouvelle dition, rassemblant le plus grand nombre d tats des Maximes, un historique de chaque pi ce de l dition canonique de 1678 et une correspondance enti rement revue, fournit les mat riaux d une enqu te essentiellement herm neutique.