Publi peu avant la rupture d finitive d'avec Breton et le surr alisme, r dig pour sa majeure partie durant la "triste et noire" ann e 1931, Pers cut pers cuteur, livre de crises, introduit comme nul autre la po sie d'Aragon. S'il a plus tard condamn certains exc s de voix, dont celui du trop fameux "Front rouge", il a lui-m me admis l'importance de son livre au travers des textes d cisifs que sont "Lycanthropie contemporaine" ou "Tant pis pour moi" - aux titres particuli rement r v lateurs.
Ecrire comme on se d chire, comme on lac rerait sa cadence, comme pour se refuser sa propre virtuosit ; crire en "mettant le pied la gorge de sa propre chanson", comme le fit peu de temps avant Ma akovski; crire pour injurier, au hasard la chance quelquefois; crire pour que la langue aussi se d chire; crire pour ne pas se tuer: tel est le projet du po te, premier pers cuteur parce que premier pers cut .
"Celui qui crit est nu. On lui voit ses plaies, ses cicatrices, sa force et sa faiblesse, son sexe et son me", crira bien plus tard Aragon, dans Blanche ou l'oubli. Et les mots de 1967 s'accordent parfaitement au livre maudit de 1931, au temps des cerises aigres, des l chages divers, de la mort d'un p re et de l'Exposition coloniale.
Les po mes forment aujourd'hui un journal, tant au sens intime que public du terme: premier balbutiement de l'hymne amoureux Elsa, Pers cut pers cuteur introduit aussi la po sie de la ville, et m me au drame familial d'Aragon, bien avant la fameuse confidence du Mentir-vrai. Mais on peut y suivre aussi le battement morose de l'actualit , de l'inauguration d'un th tre une nomination de ministre, d'une r ception officielle un enterrement. La circonstance et le lyrisme se m lent, inventant m me l'emploi, promis certaine fortune, du mot "cr ve-coeur" au d tour d'un vers
Aragon commente, bien plus tard, ce livre m connu: "Prendre en main ce qui tait proclam le pire pour en faire le meilleur Vous me direz que j' tais fou, eh bien, oui, j' tais fou, au point d' tre fier de ma folie. Comprenez-vous a ?"
Il est temps, peut- tre, de comprendre.
O.B.