Ces vrais r sidus de poubelle du type My Funny Valentine, ces camelotes d'un autre temps crites l'usage des Blancs ainsi Miles Davis qualifia-t-il en 1975, un jour de col re, les standards emprunt s au r pertoire de la chanson populaire et de la com die musicale, dont il avait t pendant plus de vingt ans le plus troublant des interpr tes.
Il leur devait en grande partie sa gloire et sa fortune. Il leur avait fait l'amour avec plus de ferveur, de tendresse et d'imagination qu'aucun trompettiste avant lui. Comment et pourquoi en vint-il les agresser, et pas seulement en paroles, les d mantibuler, leur lancer de l'acide au visage, avant de les exiler de sa musique pour tr s longtemps ? C'est la principale question que posent ces pages d'o se d gage peu peu la figure fascinante d'un cr ateur qui, ne voyant dans l' ternit rien d'autre que l' ph m re toujours r invent , terroris l'id e que l'air du temps pourrait souffler la flamme de son g nie si son g nie restait en place, n'a cess de fuir son reflet et de fausser compagnie son ombre ( sa lumi re aussi ). Quitte se chasser lui-m me des paradis successifs auxquels il avait acc d . Au moins ne l'aura-t-il fait que pour en gagner de plus inou s.