Ils ne hurlent pas toujours. La plupart du temps, ils marchent. Une meute sans corps, install e derri re les tempes, qui avance au pas des nuits trop claires. On les entend d'abord comme une rumeur: le frottement d'une patte sur le plancher d'une pens e, le souffle court avant une phrase qu'on n'ose pas dire. Puis le cercle se resserre. Chaque loup porte un nom qu'on n'a pas choisi - la peur, la honte, le d sir, la col re retenue. Ils ne d vorent pas le dehors. Ils d vorent le silence int rieur, jusqu' ce que le cr ne devienne une clairi re.
On apprend vivre avec eux plut t qu' les chasser. On leur laisse une place au bord du feu, on note leurs horaires, on reconna t celui qui revient toujours la m me heure, celui qui ne sort que quand la porte est ferm e. Parfois l'un s'endort. La t te redevient une pi ce vide, presque trop grande. On guette alors le prochain pas, non par go t du danger, mais parce que le calme, sans eux, sonne faux.