Jusqu'au milieu du si cle dernier, les habitants de la plupart des r gions littorales furent tenus pour des demi-sauvages rebelles l'autorit venue du dehors et sur qui l'effort s culaire de civilisation des moeurs n'avait produit que peu d'effets. Il est vrai qu'ils taient peu pr s coup s de l'int rieur et que leur environnement les diff renciait des populations d'une France terrienne qui s'int grait lentement mais s rement. Pour une part, ils vivaient d'activit s s'apparentant la cueillette: p che, r colte du varech et, quand les flots se montraient g n reux, r cup ration de marchandises ou d' l ments de navires venus s' chouer sur les c tes. Tout ce que la mer apportait ces gens pauvres et frustes tait pour eux un don du Ciel: quelques bouts de bois pour se chauffer, un morceau de fer pour fabriquer un outil, une guenille, les grands jours une barrique de vin ou m me quelque denr e coloniale monnayer... Comment demander ces communaut s de croire, comme on voudrait les en convaincre, qu'ils commettent l un p ch grave, qu'ils l sent le roi, c'est- -dire l'Etat ( qui reviennent en principe les paves) et se comportent en barbares? La r pression, parfois brutale, souvent maladroite, toujours source de malentendus, ne fait que souder davantage encore des populations unies par une solidarit profonde: on refuse de parler et surtout on ment aux enqu teurs, et il n'est pas rare de voir des cur s, des seigneurs fermer les yeux _ quand ils ne tirent pas eux-m mes profit de ces trafics illicites. De l diaboliser les gens des c tes et leur pr ter les pratiques les plus inhumaines, il n'y a qu'un pas, qui sera franchi l' poque romantique par les crivains et les folkloristes des villes. On assure qu'ils allument des feux la nuit pour tromper les navires en difficult , qu'ils massacrent impitoyablement des quipages entiers, qu'ils mettent ensuite les cargaisons en coupe r gl e... Le mythe acquiert alors une vigueur telle qu'il a encore cours aujourd'hui, m me si les historiens ne trouvent rien de tel dans leurs dossiers et m me si les plus l mentaires r gles de la propagation de la lumi re s'inscrivent en faux contre cette fable... Agr g d'histoire, docteur s lettres, charg de recherche au CNRS, sp cialiste de l'histoire des soci t s maritimes sous l'Ancien R gime, Alain Cabantous a d j publi chez Fayard Le Ciel dans la mer. Christianisme et soci t maritime, XVIIe si cle (1990).
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