J'ai longtemps cru que j' tais unique.
Que mes gestes n'appartenaient qu' moi, que mes souvenirs formaient un tout invisible. Je pensais tre le r sultat de mes choix, de mes douleurs, de mes amours. Mais il aura suffi d'un d m nagement, d'un enfant au regard trop lucide, et d'un reflet familier dans un visage inconnu pour faire basculer ma r alit .
Elles me ressemblent. Parfaitement. M me grain de beaut sous l'oeil gauche, m me fa on de plier les mains quand elles doutent. Quatre vies, quatre identit s, quatre versions de moi-m me. Et pourtant, je ne les connais pas. Pas encore.
On m'appelle milie. Je suis professeure. Mais ailleurs, il y a une polici re, une politicienne et une perdue dans la drogue. Toutes g es de vingt-cinq ans. Toutes n es le m me jour. Et toutes marqu es par la m me cicatrice au poignet. Celle que je croyais due un banal accident d'enfance.
Ce n'est pas un hasard.
Je croyais fuir quelque chose en quittant la campagne. En emm nageant avec Fran ois et son fils Alex dans cette maison Gatineau. Mais ce que je fuyais me poursuivait d j . Ce que je cherchais viter m'attendait depuis toujours.
Parce que la v rit , c'est que je n'ai jamais t seule.
Et que l'enfant qui vit sous mon toit d tient les cl s d'un secret que m me sa propre naissance ne devait pas r v ler.