R sumer deux cent quatre-vingts pages en trente lignes est une de ces t ches d primantes qui prouvent que l'on crit trop, et dont l' diteur gratifie l'auteur une fois le livre achev . Mais me demander de transformer un pyjama en rabats de jaquette para t excessif. Pourquoi pas, apr s tout ? Et d'abord, pourquoi le Pyjama ? S'il ne coule pas de source, ce titre " s'inscrit " (tout s'inscrit aujourd'hui) dans une certaine logique intimiste dont le livre fait tat. J'irai plus loin encore (tout le monde y va aussi) en disant que le Pyjama est un ascenseur qui monte sans cesse du pass au pr sent; qui passe de l' poque du " Voil pour vous, mon ami " ou du " Si vous n' tes pas contente, ma fille, la porte est grande ouverte ", celle de notre monde de mammif res s curis s, structur s, syndiqu s et chaque jour culpabilis s. De l'univers des grandes personnes tr s comme il faut celui des types tr s bien et des gars tr s sympas. De ce temps o il n' tait question de probl mes qu'en classe de calcul, celui o probl me, devenu Roi des Mots, pousse comme un bobo sur toutes les l vres n'importe quel propos. Un ascenseur fou o j'ai rencontr une mort dont je suis revenu - et une vie dont je ne reviens pas. Un curieux appareil dans lequel s'est embarqu , par hasard, en 1913, un nouveau-n de la Maison France, Histoire de voir comment, en un demi-si cle, cet tonnant pays-cam l on, qui dit les Italiens versatiles et les Russes toujours pr ts retourner leur casaque, peut devenir tour tour bleu horizon et rouge popu, germanophobe et germanophile, anglophile et anglophobe, p tainiste et gaulliste, am ricanophile et am ricanophage, jusqu'au-boutiste et capitulard. Au milieu de tout a, ma vie, telle que je la jauge avec une tige qui indique cinquante-huit printemps dans un r servoir dont j'aimerais autant ignorer la capacit exacte. Au fond, le Pyjama n'allait pas mal ce livre. Pas seulement parce que je m'y d fais - suivant le " D faites-vous " des m decins - plus que dans n'importe quel autre. Mais parce que j'y d shabille la guerre, j'y d shabille le Major, j'y d shabille beaucoup de monde. Que l'on ne craigne rien (ou que l'on ne se r jouisse pas trop vite): ce strip-tease se d roulera dans la plus grande correction. Je n' terai parfois au sujet que son costume de mots, ce carcan qui l' touffe, cette gaine de locutions qui l'enflent jusqu' le faire clater comme on fait tout clater aujourd'hui - la libido et la majorit , les syndicats et la personnalit . Tout, sauf le rire, car le rire qui pourrait faire clater est mal port . Ce monde en proie la s riosit subit jusqu'aux effets morphologiques du langage qui le gerce: dites structure et d ontologie - et d j le rire est parti. Ne pleurons pas: ce qu'il y a sans doute de plus d sopilant dans notre monde c'est la fa on dont il se prend au s rieux. Peut- tre finira-t-il un jour par en rire ? Commen ons... Pierre Daninos
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