Le Jardin des supplices n'est pas seulement le catalogue de toutes les perversions dans lesquelles s'est complu l'imaginaire de 1900. L'ouvrage exprime aussi l'ambigu t de l'attitude d'un Europ en lib ral, mais Europ en avant tout, devant le colonialisme et ce qu'on n'appelait pas encore le Tiers Monde. Pour Mirbeau, la Chine est le lieu des plaisirs mortels et, par leur syst me p nal et l'invraisemblable raffinement de leur cruaut , les Chinois ne peuvent tre ses yeux que des barbares: Emmanuelle sur fond de guerre du Vi t-nam, comme l' crit Michel Delon. Mais les Chinois vivent dans une soci t plus solidaire et mat riellement moins asservie que la n tre. Et surtout ils sont d'admirables artistes. Tel est le paradoxe de la Chine un jardin de supplices mais aussi les plus belles porcelaines, les plus beaux bronzes que l'on ait jamais faits. " Voici donc les Barbares peau jaune dont les civilis s d'Europe peau blanche violent le sol. Nous sommes toujours les m mes sauvages, les m mes ennemis de la Beaut . "