Dans une ville qui ressemble encore la n tre, rien ne s'effondre vraiment. Les caf s servent toujours, les administrations classent, les familles se r unissent, les couples se parlent, les lampes clairent. Et pourtant, quelque chose se retire. Un rire qu'on n'entend plus. Un mot qui ne r pond plus. Une m moire qui ne remonte plus. Une tendresse qui n'arrive plus se dire.
La R publique des Absences - Tome I est un recueil de nouvelles litt raires o le r el, peine d plac , r v le ce qu'il cachait d j la fatigue des tres, l'effacement progressif de la pr sence, la perte de densit int rieure, les silences trop polis, les liens qui se d font sans bruit.
Ici, un bureau municipal enqu te sur des disparitions minimes: une poign e, une odeur, un reflet, une nuance de bleu. L , un comit s'inqui te d'un homme qui sourit seul dans l'espace public. Plus loin, une administration re oit des excuses avant les fautes, une porte ne s'ouvre qu'aux gens sinc res, une rue prend l'humeur de ceux qui la traversent, un caf garde son go t mais perd le pouvoir de r veiller les souvenirs, une vieille lampe de palier semble reconna tre les habitants mieux qu'ils ne se reconnaissent eux-m mes.
Dans ces textes, l'absurde n'est jamais gratuit. Il sert mieux voir notre poque. Chaque histoire part d'un l ger d calage pour atteindre quelque chose de plus profond: la difficult d'aimer, de dire vrai, de rester pr sent, de porter sa m moire, de ne pas devenir peu peu tranger sa propre vie.
la fronti re du r alisme po tique, de la satire douce et de la fable contemporaine, Belkacem Bouasria OULDABDERRAHMANE compose un univers singulier, grave, sensible et intens ment humain. Son criture m le pr cision, musicalit , tension discr te et profondeur int rieure. Elle claire le quotidien depuis ses fissures les plus fines.
Mais ce livre n'est pas seulement un constat sur ce qui manque. travers chaque nouvelle circule aussi une r sistance: une parole enfin dite, une main retenue au bon moment, une m moire qui revient, une lumi re qui veille encore. Sous la m lancolie, il y a toujours une possibilit de retour.
La R publique des Absences n'est pas un lieu imaginaire. C'est peut- tre le nom secret de notre temps - et de ce qui, en chacun de nous, lutte encore pour ne pas s'y dissoudre.