Il y a beaucoup d'enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu'on n'a pas mis au monde. La mort a ferm les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont pr sent parfaitement lucides. J'aimerais l' tre moins.
Celle qui dit je, c'est Ang le Videau, soeur d'Arielle, fille d'Armelle et du p re, une apparition dans ce roman de femmes. Des femmes sur trois g n rations, de Man Armelle, d'Armelle Ang le. Trois g n rations, pas une de plus.
On rencontre Ang le dans la salle d'attente d'un cabinet m dical, les mains pos es sur un ventre qu'elle a gonfl d'esp rance. Alors que se d ploie sous ses yeux le ballet des futures m res, des jeunes enfants et de celles qui les ont enfant s, Ang le s'adresse ric. Ce prince ric qu'elle d sire de toutes ses forces et porte en elle, elle tente de l'apprivoiser. L'occasion de convoquer les r ves, les souvenirs et de combler les places laiss es vides.
Pourquoi les d samours et quel point le manque ? A-t-on rat sa vie quand on ne la donne pas ? Il y a les questions, toutes les questions d'Ang le et qui demeurent sans r ponse.
Car J'attends, c'est la sensation d'une carence; le coeur bat en sourdine, la laideur, celle qui ne s'alt re pas finit par saisir d'effroi, le corps est sec et, si l'on n'y prend garde, bient t, dans cette famille qui s'amenuise comme une peau de chagrin, les morts auront supplant les vivants.
Ang le aimerait tre moins lucide mais pour ric, elle a tout d ball . Un regard sans filtre, quasi clinique, qu'elle offre sur les siens et sur elle-m me et qui r v le, dans une violence contenue et dans le sang, parfois, les secrets, les envies, les pens es honteuses, tout ce qu'on n'a pas su et pas pu dire.
J'attends est un roman qui, travers le point de vue d'une jeune femme et les br ves d'existence de celles qu'elle raconte, les anecdotes, le quotidien, r ussit approcher l'universel: la maternit , la f minit , le lien du sang et la mort.