Des jardins de F londe dans le Pharsamon de Marivaux l'Elys e de Julie dans La Nouvelle H lo se, le roman du dix-huiti me si cle semble avoir accord une place minente des lieux nouant des liens privil gi s avec le f minin, au point que deux d'entre eux soient devenus de v ritables embl mes du si cle: le s rail et le boudoir. A partir d'un corpus de plus de soixante-dix romans, on cherche ici comprendre cette insistance des espaces du f minin dans l'imaginaire des Lumi res en postulant qu'elle renvoie aux fantasmes d'une soci t confront e la d couverte de l'espace familial.
On tente d'abord de dessiner les fronti res de cette g ographie romanesque du f minin. L'examen des diff rents liens unissant corps et d cors f minins conduit une typologie des principaux sites de ce territoire, puis une analyse des m taphores faisant du corps f minin le lieu fantasmatique d'une exploration. Suit une approche politique de ces espaces, lieux d'un rapport de force et d'une pulsion d'emprise qui prend essentiellement deux formes: le fantasme d'une effraction dans l'intimit f minine et celui d'une claustration du corps f minin. Cette pulsion ne se con oit gu re sans une hantise secr te que les textes de Rousseau mettent en lumi re: la crainte d'un empire du f minin faisant peser sur les hommes une menace de f minisation. D'o la n cessit d'une r clusion domestique des femmes et d'une nouvelle conomie des relations entre les sexes. C'est sur cette perspective conomique que s'ach ve ce travail: l' conomie domestique pr n e par Rousseau s'oppose, en effet, aux conomies rotiques de la pluralit (le 'monde' libertin, le s rail despotique). Ces deux mod les antagonistes suscitent en leur marge des conomies parall les qui r activent le fantasme d'une autosuffisance de la sph re f minine. Autour des espaces du f minin dans le roman des Lumi res, c'est donc le principe m me de la diff rence sexuelle qui se joue.