Ce livre rassemble l'essentiel de mes crits r cents:
* 2 Romans
* 2 contes
* 2 Drames de th tre
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Nous sommes le vingt juillet 2020. Je viens de mettre le point final ce livre. Je reste immobile, affal sur ma chaise, regardant ce gros tas de feuilles noircies. D'o me viennent tous ces mots, align s comme pour la bataille, comme les centuries romaines recouvrant la terre jusqu' l'horizon, au garde- -vous, pr tes partir l'assaut ? On me dira, a vient de ton cerveau. Faudrait-t-il qu'il soit malade, celui-l Rien d' tonnant chez quelqu'un qui pr tend devenir octog naire Mais il y a autre chose. Comment se fait-il que j'aie pu formuler tout a, moi qui ai du mal aligner trois mots, moi le b gue, l'ind cis, le jamais s r de rien ? C'est fait, il faut passer autre chose. J'allume la radio. Quelqu'un parle. C'est le ministre de la sant , qui fait le point sur l' pid mie. La voix est h sitante. Il y a de l'angoisse. Beaucoup d'angoisse.
...Nous, je veux dire notre petite famille, n'avons pas chapp cette terrible situation. Pendant plus de trois mois, nous ne sommes pas sortis de chez nous. En Mai, on d cr te la fin tr s lentement progressive du confinement. Mais pas la fin de la trag die. Combien de temps faudra-t-il pour revenir une vie normale, si ce mot a encore un sens ? Y reviendra-t-on jamais de notre vivant ? La peur, la Grand Peur, s'est install e chez tous. Et c'est l'effet le plus terrible de cette catastrophe. Je me dis, prenant un air d tach pour me mystifier moi-m me, que je suis devenu ermite, volente o nolente, et que j'appelle ma maison dor navant l'ermitage .
Et je me suis mis crire.
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Mais ce qui nous attirait le plus, nous autres gamins, c' tait le Conteur de la Koutoubia. Sur l'esplanade, on l'attendait, apr s la pri re de l'apr s-midi. Le cercle, d'un diam tre de quatre m tres environ, est parfait. Au premier rang les spectateurs assis, dont quelques enfants. Derri re eux deux rangs de spectateurs debout. Un brouhaha parcourt l'assembl e, survol parfois par une voix haute, tonitruante, un appel, ou une r plique pr c dant de gros rires. Certains des enfants assis ont sorti leurs billes, et s'amusent chacun faire de petits carreaux. D'autres leur toupie, essayant d'y d chiffrer le nombre de points . Plus il y en a, moins le joueur est habile. Les adultes parlent, dialectal de Marrakech et Tachelhit du Souss entrem l s, ou n gocient, ou marchandent, ou se racontent les derni res nouvelles. Depuis la place Jamaa-L'Fna voisine, on entend les bruits de l'activit fr n tique, peine att nu s mais m lang s comme une musique d r gl e, dont l'intensit varie au gr du vent capricieux. On attend tous le conteur magnifique. Enfin il est l . Rares sont ceux qui ont remarqu son arriv e au centre du cercle. Il s'y tient grand, droit, portant la barbe comme une banni re. Il commence par faire la revue de l'auditoire. Au fur et mesure qu'il tourne sur lui-m me, les voix s'apaisent, jusqu'au silence total. Alors, d'une voix profonde, lourde, diction parfaite, il d bute par invoquer le Tr s Haut, tel Hom re invoquant les Muses. Son invocation est ponctu e par les amen du public. Et soudain, il d cide: Et maintenant, secouez les cl s de la r ussite. ...