Croisi re en mer des pluies
"Trop tard, de toute fa on. Tout le monde ne pense qu' a, ici, n'est-ce pas. On s'enivre, on se sent libre mais, au fond, on ne pense qu' retourner l -bas. On imagine le jour du retour comme une seconde naissance. Les Chinois ont peut- tre raison quand ils ouvrent des bagnes ici. La Lune est le lieu de rel gation par excellence. Hormis ces quelques riches qui viennent s'abriter par peur d'une guerre nucl aire en bas ou essorer leur esprit d pressif, chacun cultive l'espoir de filer au plus vite. Pas d'air, pas d'eau sinon sous cette forme fossile, sous les p les, pas d'herbe, et pour les couleurs, morbleu Je ne sais plus comment s'appelle ce peintre russe qui a d nombr , au cours de son s jour lunaire, deux cent cinquante-quatre nuances de gris. Il tait bien loin du compte, ce bigleux Revenir, et pourtant nous sommes sur la Lune L'absolu, au quotidien, devient morose, banal, vous verrez, la longue Encore avons-nous une chance, la Terre reste port e de nos yeux le plus souvent. Ceux qui, bient t, mettront le pied sur Mars auront cent fois pire que nous surmonter: la r duction de la Terre la taille d'une simple toile, noy e dans la Voie lact e."
ric Faye est n en 1963. Il a publi deux romans (Le G n ral Solitude et Parij), deux recueils de nouvelles, dont Je suis le Gardien du Phare, prix des Deux-Magots 1998. Il est galement l'auteur d'ouvrages consacr s Kafka et Isma l Kadar .