Quelque part sur l'oc an Atlantique
La mer tait d cha n e. Les vagues s'acharnaient sur le voilier en bois, le ballottant et mena ant de le chavirer chaque mur d'eau qui s'abattait sur sa proue. S' levant chaque vague et s' crasant dans chaque creux, le navire grin ait et g missait, peinant dans son voyage de Sisyphe vers la terre qui, d'apr s les cartes, se trouvait non loin de l .
Je jure qu'on n'a pas boug depuis une heure cria Godfrey par-dessus le hurlement du vent et le fracas des vagues. Debout, le bras tordu dans le gr ement pour ne pas tomber, il scrutait l'horizon la recherche d'une terre. Elle devait forc ment tre l .
Oh, on a bien boug De haut en bas, de gauche droite Malgr ses paroles enjou es, le visage d'Hugo tait empreint d'une d termination farouche. Les dieux de la mer se jouent de nous.
Tu crois qu'Il est en col re ? Le regard d'Hugo se porta furtivement vers le ciel avant de se reporter sur la mer. cause de ce que nous avons fait ?
Qu'avons-nous fait ? Godfrey savait parfaitement ce qu'Hugo voulait dire, et les paroles de son camarade faisaient cho ses propres craintes les plus profondes, mais il n' tait pas pr t c der. Nous avons r cup r des reliques sacr es des griffes des Sarrasins, et nous les emmenons bien au-del de leur port e. Nous accomplissons Son oeuvre. C' tait la meilleure justification qu'il put trouver cet instant. Il n' tait pourtant pas s r d'y croire.
Des gouttes de pluie glac es le fouettaient au visage, chacune comme un ch timent venu d'en haut. Le Seigneur a un plan, dit Hugo avec plus d'assurance qu'il n'en ressentait. Un jour, ces choses pourraient servir ses desseins. En attendant, nous resterons vigilants.
Ce sont peut- tre les pierres. Godfrey baissa les yeux comme s'il pouvait voir dans la cale. Tu sais ce que c'est.
Je sais ce que le vieil homme pr tendait, mais les critures racontent une autre histoire. Je sais quelle histoire je choisis de croire.
Le navire tangua brusquement, projetant les deux hommes au sol. Ils s'accroch rent aux gr ements tandis que l'embarcation fr lait une fois de plus le chavirage. Lorsqu'elle se redressa, aucun des deux ne prit la peine de se relever.
Nous ne survivrons pas beaucoup d'autres temp tes comme celle-ci. Il jeta un coup d'oeil au grand m t. Le vent s'est lev et commence faire des ravages dans les gr ements. Nous devrions dire au capitaine de ferler les voiles avant que le m t ne c de.
Hugo ne put cacher sa surprise. Comment un chevalier peut-il en savoir autant sur la navigation ?
Godfrey esquissa un sourire. Quand j' tais jeune, j'ai fugu . J'ai travaill un an sur un bateau de p che. Je buvais dans les tavernes sordides du bord de mer, je fr quentais les pires putes qu'on puisse imaginer. C' tait la meilleure poque de ma vie.
les eaux sombres et profondes. Tandis qu'il observait la silhouette s' loigner, il se demanda s'il reverrait un jour la terre ferme.
Des heures plus tard, ou peut- tre des jours, il se r veilla avec une sensation de br lure dans la nuque.
Suis-je en enfer ?
Il ouvrit les yeux et se r jouit de voir du sable blanc tout autour de lui. Il avait atteint la terre ferme. Et puis une autre pens e le frappa: la pierre L'avait-il encore ?
Dieu soit lou . Il se retourna sur le c t .
Il se redressa et inspira profond ment l'air matinal. Il ignorait o il se trouvait, mais il tait vivant. C' tait l'essentiel. Il ferma les yeux.
Peut- tre tait-il en enfer, apr s tout.